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Les ingénieurs sont-ils dans leur tour d’ivoire ? Le dialogue science-société peut-il exister dans un monde où les technologies sont à la fois si communes et si opaques ? Voici mon récit de deux jours auprès d’une classe d’étudiant-es en biotechnologies, qui a relevé le défi de traduire dans notre jeu « Futurable » les questions de société qui les traversent au fil de leurs études…
La projection dans le futur
Vous le savez, Futurable est un « jeu qui écoute » : comme je l’imaginais dans une promo d’élèves-ingénieur-es, les premières solutions proposées étaient plutôt techniques (des filtres, des usines, des digues), mais rapidement, elles se sont diversifiées : centres de soin, éducation, friches, et même fermetures d’usines… ces ingénieurs ne se soucient pas que de technique, visiblement !

Première session, découverte de l’approche systémique proposée par Futurable
L’expression nuancée du rapport à la technique
Si leur approche du jeu était méthodique, j’ai pu constater que leurs propositions thématiques relevaient d’une prise en compte importante de l’humain et du vivant non-humain dans leur rapport au monde. Il semble que ces futur-es ingénieur-es se voient non seulement comme en charge du déploiement de la technique, mais aussi comme partie intégrante du vivant, avec les responsabilités et l’humilité que ça suppose. (voir aussi mon article « épatante empathie »)
De science en fiction
Futurable est un jeu à scénarios : j’ai donc confié à la classe la mission d’écrire le leur. C’était l’occasion de tendre un miroir à mon groupe de joueur-ses, pour pouvoir les observer à travers leur création collective.
Leur scénario racontait un territoire tiré de la famine par une invention révolutionnaire et trop belle pour être vraie : le « mix » de l’entreprise Panora triplait certes la croissance des plantes fertilisées, mais au bout de plusieurs années, la maladie frappait les agriculteur-ices, et les sols s’épuisaient. Trois personnages hauts en couleur venaient se disputer l’attention des joueur-ses : une influenceuse un brin complotiste, une docteure un brin miraculeuse, et un élu local… un brin corrompu.

Le scénario « maison » de la promo… ferez vous confiance à Charlotte Sousroche ?
Écriture et ouverture vers la société
Biotechnologies, génétique, alimentation et santé : toutes les composantes majeures de leur cursus étaient représentées… avec l’envie furieuse de montrer ça au monde ! Si l’exercice s’est arrêté à l’itération de tests au sein de la promo, on peut facilement imaginer les suites en se rappelant l’expérience du master Humanités Environnementales de Nantes : lors des trois années où nous avons accompagné la promo nantaise, celle-ci a présenté et animé leur création pour des personnes extérieures, le « grand public » curieux des questions posées par le dispositif. Face à ce public extérieur, le rôle de dialogue sociétal du jeu se révèle complètement, puisque les étudiant-es deviennent médiateurs et médiatrices de ces questions complexes qui les habitent : leur vision du monde est alors confrontée à des regards nouveaux, et cela les oblige à accueillir la diversité des représentations de la société qui se heurte autour de la table.
Pour une technique consciente de son rôle sociétal
Si vous faites partie de l’équipe pédagogique d’une structure de l’enseignement supérieur, vous voici peut-être au stade où vous vous demandez si mettre Futurable dans les mains de votre promo serait une bonne idée. Conjuguer science et société, est-ce bien cela qu’on attend des technicien-nes de demain ? En tant que concepteur et membre de l’association Futurable, mon but avec ce dispositif est d’aider à la construction commune de futurs alternatifs. Et en tant qu’ingénieur de formation, je considère que ces futurs doivent se nourrir de la science, mais aussi réciproquement, les dépositaires de la technique doivent se nourrir des imaginaires de la société civile. En ouvrant Futurable dans votre classe, nous espérons que vous leur en donnerez l’occasion.


